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Partie 3 - 1916 Verdun

René de Pierrepont dans la Grande Guerre

jeudi 28 juin 2007, par Nicolas Stephant

La carte de l'offensive de Verdun
Le début de l’année 1916 va être beaucoup plus calme pour René, du moins peut-on le supposer à travers les historiques de son nouveau régiment (70e RI) et de la division (19e DI) dont il fait partie. René va rester en Argonne du côté de la fontaine aux charmes et de la Houyette où il va rester une quinzaine de jours. Il a peut-être rejoint cette unité pour la renforcer au moment où elle vient d’être sérieusement diminuée par une violente attaque allemande (8 Septembre). Dès la mi-Janvier il est retiré du front et mis au repos vers Sainte-Menehoulde. Le 12 Février sa division entre dans une période d’instruction à Sivry sur Ante.

Les plans offensifs de l’Allemagne vont mettre un terme à cette période de repos, l’armée ennemi décide une attaque massive qui aura pour but de prendre Verdun. L’objectif est de pousser les français à concentrer leur force sur ce point hautement symbolique pour eux, afin d’épuiser leurs forces et de les pousser à la signature d’un armistice. 6 divisions vont attaquer en première ligne avec le soutien de deux autres en seconde ligne et pour premier objectif de saturer d’obus un petit secteur de 20km de large sur 4km de profondeur.

Le 21 Février 1916 l’attaque surprend les français dont la première ligne se fait pulvériser par une artillerie énorme ("En certains points, les fantassins allemands vont franchir les premières lignes françaises sans s’en apercevoir" [1] après cette préparation d’artillerie). Les rescapés vont résister jusqu’au 25 permettant aux français d’acheminer des renforts, mais la poussée est telle qu’il faudra évacuer la plaine de la Woëvre et que l’ennemi prend le fort de Douaumont ; Verdun est à 5km des allemands lorsqu’ils s’arrêtent enfin, à court de munitions et épuisés par les combats. C’est le jour où arrive le 70e RI dans le bois de Récicourt mais il ne s’agit encore que d’une position de deuxième ligne sur la rive gauche de la Meuse.

Pétain organise par la "voie sacrée" l’arrivée incessante du matériel et des hommes (20000 par jour) et instaure une rotation des troupes : 2 jours en 1ère ligne, 2 jours en seconde et 2 jours à l’arrière. Il faudra bientôt augmenter ce délai à trois jours pour pallier aux pertes car la moyenne est de 25% des effectifs le premier jour d’arrivée au front. En face, pas de rotation, on comble les trous avec des troupes fraiches ce qui finira par jouer sur le moral des allemands qui penseront ne jamais sortir de cet enfer, sauf morts. L’offensive allemande reprend le 4 Mars sur la rive droite de la Meuse et s’amplifie d’une deuxième vague le lendemain sur la rive gauche qui est aspergée d’obus avant une attaque d’infanterie le 6. Les lignes de défenses passent par la cote 304 et le Mort-homme dont le sommet est détenu par les français. Le 14 Mars, le 70e RI est chargé de la défense d’un poste avancé : la cote 264 dans le secteur du Mort-homme que l’ennemi veut absolument prendre. "Il y subit un des plus formidables parmi les bombardements qui ont caractérisé la lutte pour Verdun, mais il se fait écraser plutôt que de livrer passage" [2]. Les allemands préfèreront ensuite déplacer leur activité quelques kilomètres plus loin.... René y était-il ? sans doute pas, car il n’y avait qu’un seul bataillon et il a été pratiquement anéanti.

Le régiment va ensuite tenir jusqu’au 5 Avril un secteur allant de Chattancourt à Charny avec l’objectif de "parachever les défenses nouvelles" [3], autrement dit de se retrancher plus loin face à l’avancée allemande. En un mois d’attaque sur cette rive gauche, les allemands n’ont avancé que de deux kilomètres et subit des pertes importantes ; ils vont changer de tactique et matraquer le terrain systématiquement et constament grâçe à leur artillerie beaucoup plus forte que celle des français. Leurs attaques seront désormais très localisées.

Le 1er Mai Pétain est remplacé par Nivelle qui va reprendre l’offensive sur la rive droite. René passe le mois de Mai, en ligne, dans la forêt de Hesse et la vallée de la Buanthe où il subit "d’intenses bombardements" [4]. Dès le 4 son régiment repousse une violente attaque ennemie qui ne parvient pas jusqu’aux tranchées. Mais les combats les plus intenses se déroulent sur la rive droite vers Douaumont et les forts de Vaux et c’est là que l’on meurt le plus. René et son régiment resteront dans le secteur du Mort-homme les mois de Juin et Juillet où ils occupent une position de première ligne à Chattancourt et à Cumière, puis de la Hayette à Cumière à partir du 22 Juillet. Ce secteur est mal organisé et les hommes doivent travailler à creuser les tranchées nécessaires à la défense de l’endroit afin que l’ennemi ne puisse plus avancer. Car, même si ils n’ont pas l’intensité du mois de Mars à cet endroit, les combats continuent "à tous les instants, à la grenade et à coups de fusil" [5], conséquence logique du manque d’abri. Le travail va réussir mais il va se faire au milieu des tirs de barrage. Après quelques jours de répit, le régiment passe sur la rive droite où il va passer la seconde partie du mois d’Août devant Thiaumont. Le 12 Août, pendant la nuit, il relève le 122è RI sur Froideterre et au bois des trois cornes en renfort du 71è RI ; ils vont subir jusqu’au 16 un bombardement allemand et (le comble !) un tir français trop court en réponse.

Dans ce secteur, les allemands ont lancé toutes leurs forces et ont fait plier les français en prenant Douaumont puis l’ouvrage de Thiaumont fin Juin ; mais le temps travaille désormais contre eux car une grande offensive française se prépare dans la Somme et ils ne peuvent y faire face qu’en retirant bientôt des troupes de ce secteur de Verdun ; l’ordre va être donné le 12 Juillet à leur chef de se cantonner désormais à des actions défensives.

Au moment où le 70è RI arrive, les français ont repris l’offensive pour reconquérir les forts et ils vont y parvenir peu avant la fin de l’année. René, lui, ne prend pas part à l’attaque car son régiment n’a pour mission que de tenir sa position. René quitte le théatre des opérations le 31 Août et va rejoindre le secteur beaucoup plus calme de Saint-Hilaire-le-grand, en Champagne, où le régiment va passer la fin de l’année.

A Verdun, les historiens vont déclarer la bataille terminée, mais, en réalité, les combats vont se poursuivre jusqu’à la fin de l’année 1918... L’armée allemande y aura perdu 150000 hommes pendant l’année 1916 (et les français de même) et aura essuyé un échec car non seulement les français n’ont pas été débordés et encore moins mis à genou, mais de plus, la fin de l’opération les voit en situation de reprendre une initiative qu’ils n’avaient plus.

René, quand à lui, est en guerre depuis plus de 2 ans et s’en sort sans dégâts apparents. Son régiment est celui qui a séjourné le plus longtemps à Verdun mais il faut reconnaître qu’il n’a pas été aussi souvent exposé que d’autres ce qui a été une chance supplémentaire de s’en sortir pour René.
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