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Châtellenie de Pierrepont en Laonnois

(Pierrepont, Grandlup, Rocquignicourt, Mâchecourt, Arangon, Chives et moitié de Bucy)


lundi 7 novembre 2005

Le village de Pierrepont, qui fut le siège de la plus importante des seigneuries vassales de l’évêque de Laon, est bâti sur une langue de terre baignée par les marais de la Souche, à une lieue au nord de Notre-Dame de Liesse.

Droits féodaux de la châtellenie de Pierrepont et des fiefs situés dans sa mouvance

La châtellenie comprenait, avec Pierrepont, cinq villages et demi : Grandlup que les seigneurs de Pierrepont possédaient déjà en 1090, Arangon ou Aragon, Rocquignicourt et Mâchecourt, qu’ils tenaient en 1161, Chivres et la moitié de Bucy, qu’ils réunirent à leur châtellenie à la fin du XVème siècle ou au début du suivant.<...>La seigneurie de Pierrepont consistait en un château avec l’exercice de la justice haute, moyenne et basse, une taille réelle et personnelle, la rente des bans des vins, des cens et rentes, chapons et poules, un jardin, droits de vinage, de rouage, d’afforage, de tonlieu, d’herbage, de stellage, de poids, d’aunage, de chasse, de garenne, de pêche, quatre rivières, un petit lac, les fortifications de la bourgade, la prévôté, 83 jalois 54 verges de pré, les 582 jalois de bois de la châtellenie tant à Pierrepont, Mâchecourt, Chivres qu’ailleurs, 129 jalois 30 verges de terres (soit en un domaine foncier 795 jalois 24 verges ou 243 hectares 74 ares) [1], la moitié d’un moulin, la garde des justices de l’hôtel-Dieu de Pierrepont, de la maladrerie de Saint-Ladre audit lieu, de la seconde moitié du moulin de Pierrepont, de la ferme de Savy [2], de la cense de Favières, celle de Brazicourt [3], et d’une partie des terres du prieuré de Chantrud [4].

La seigneurie de Grandlup, village sis à une lieue à l’ouest de Pierrepont, comprenait la justice haute, moyenne et basse, des cens, chapons et poules, 700 jalois ou 214 hectares et demi de terres, droits de terrage, de rouage, d’afforage, de tonlieu, d’herbage, de stellage, de poids, d’aunage et la garde de la justice d’Etrepoix [5]. <...> La seigneurie de Rocquignicourt comprenait la justice haute, moyenne et basse, même sur la maison de la grosse fête à Pontséricourt [6], avec droit d’afforage, un surcens, la garde des justices de la cense de Beauvois [7] et de Hayon, des rentes à prendre à Cuirieux [8] et à Fay-Le-Sec [9]

La seigneurie de Mâchecourt, sise à une lieue à l’est de Pierrepont, consistait dans la justce haute, moyenne et basse, des surcens, chapons, poules, les droits de terrage, de rouage, d’afforage, de tonlieu, d’herbage, de stellage, de poids, d’aunage, une taille réelle et personnelle, une maison, 6 jalois de pré et 310 jalois de terre, soit 316 jalois ou 95 hectares.

La seigneurie de Chivres, village situé à une lieue au Sud-Est de Pierrepont, consistait dans la justice haute, moyenne et basse, cens, chapons, poules, surcens, droits de rouage, d’afforage, de tonlieu, d’herbage, de stellage, de poids, d’aunage, de terrage, maison et cense de la Tour, avec 1000 jalois ou 306 hectares 43 ares [10] de terre et de pré, et la garde de la justice de la cense d’Ecorêt [11].

La moitié de la seigneurie de Bucy, village à près de deux lieues à l’est de Pierrepont consistait dans la justice haute, moyenne et basse, un château, la moitié des cens et rentes, chapons et poules, la moitié des droits de lods et ventes, d’amende, de rouage, d’afforage, de stellage, d’herbage, de poids, d’aunage, de fauche, de terrage, le moulin à vent, 18 jalois de bois et 1600 jalois de terre, soit en tout 1618 jalois ou 495 hectares 80 ares, et la garde de la justice de la ferme de Rougemont [12] <...>

La châtellenie de Pierrepont relevait déjà de l’évêque de Laon en 1115.<...>

Le château

Bâti à l’orient du village de Pierrepont, le château était entouré par un des bras de la Souche, nommé l’eau des Chênes ; à l’est et à l’ouest deux étroites chaussées mettaient en communication l’île où il s’élevait avec la terre ferme. Il commendait ainsi le pont de pierre (petrae pons), seul point qui permit de franchir les marécages de la Souche, et défendait le pays de laonnois contre une invasion venant du nord-est. Ses murailles extérieures étaient faites d’énormes pierres, pour la plupart de grès, et avaient six pieds environ d’épaisseur. Leur circuit est encore partiellement visible aujourd’hui ; il est connu sous le nom de Regina. Bourbier en a relevait le tracé qui englobait l’église et le château actuel [13].

Pierrepont appartenait au IXème siècle à l’église de Laon. Aprés l’invasion des normands, l’évêque Didon (883-893) fit clore le bourg de murailles, pour résister aux invasions futures, et réunit à l’abbaye de Saint-Vincent la collégiale qui avait été élevée pour honorer les reliques de Saint-Boëtian, compagnon de Saint-Fursy et martyr au VIIème siècle. En 938 Gilbert, duc de Lorraine, venu au secours de d’Hughes le Grand, joignit ses troupes à celles du comte Héribert, et tous deux s’emparèrent du château de Pierrepont (castrumque Petraepontem vi capiunt) [14].

Deux ans plus tard, Hugues et Héribert assiégeaient Laon, quand ils apprirent que le roi Louis d’Outremer venait au secours de la ville ; ils levèrent le blocus, une nuit, et se réfugièrent au château de Pierrepont, puis se rendirent près du roi de Germanie pour lui rendre hommage comme à leur souverain. Louis mit le siège devant Pierrepont ; mais il se contenta d’otages, et se retira pour marcher contre le roi Othon.

En 949, Roricon, sacré évêque de Laon à Reims, établit sa résidence au château de Pierrepont, tandis que sa ville épiscopale était occupée par Hugues le Grand. Adalbéron (977-1030) donna à l’abbaye de Saint-Vincent de Laon l’église qui s’élevait dans le château ce dont une confirmation fut accordée à Compiègne par Hugues Capet le 25 septembre 987 [15]

L’histoire ne s’occupe plus de la forteresse pendant quatre siècles. Au début du mois d’avril 1360 les Anglais, qui tenaient garnison à Attigny, entre Rethel et Vouziers, et ravagaient le pays environnant, s’emparèrent par surprise de Pierrepont forte ville et bon chastiel qui siet en Laonnois assés priés de Montagut, en très fort marès [16]. Les habitants des environs, nobles et vilains s’y étaient réfugiés avec leurs biens, et les ennemis purent emmener un très gros butin, avec trois cent prisonniers et trente belles damoiselles sans les aultres pour faire leur volonté et plaisir [17]. Mais les forteresses du Laonnois ne tardèrent pas à être évacuées à la suite du traité de Brétigny (8 mai 1360). <...>

Seigneurs de Pierrepont

1090 Ingobrand, seigneur de Pierrepont

1113 Roger, Seigneur de Pierrepont et de Montaigu

1123 Guillaume, seigneur de Pierrepont, fils du précédent

1145 Hugues dit de Wasnoe, seigneur de Pierrepont et beau-frère du précédent par son mariage avec Alix de Pierrepont

1190 Robert, seigneur de Pierrepont

1209 Jean Ier, comte de Roucy, seigneur de Pierrepont et de Montaigu, fils du précédent

1250 Jehan II, comte de Roucy, sire de Pierrepont fils du précédent

1282 Jehan III, comte de Roucy et sire de Pierrepont, fils du précédent

1302 Jehan IV, comte de Roucy et sire de Pierrepont et de Montaigu, chevalier banneret fils du précédent

1345 Hugues de Pierrepont dit de Roucy, seigneur de la châtellenie de Pierrepont en sa partie, 3ème fils du précédent et frère cadet du comte de Roucy. Mort sans postérité.

1350 Robert, comte de Roucy frère ainé du précédent

1364 Louis de Namur, sire de Peteghem et de Bailleul et comte de Roucy par son épouse Isabelle

1381 Louis, Duc d’Anjou de Touraine et de Calabre, second fils du roi de France Jean II. Acheta le comté de Roucy à Isabelle

1384 Charles d’Anjou, Comte du Maine fils du précédent

1384 Louis d’Anjou, roi de Jérusalem, frère ainé du précédent au décès de son frère

1385 Simon de Pierrepont, comte de Braine et de Roucy. Il reprit le comté de Roucy et ses dépendances par retrait lignager. Mais cette procédure ne futpas admise par son adversaire, et les deux familles se disputèrent les domaines contestés pendant vingt ans.

1393 Hugues de Pierrepont dit de Roucy, comte de Roucy et de Braine, fils du précédent

1395 Jean V, comte de Roucy et de Braine, fils ainé du précédent

1415 Robert de Sarrebrück, sire de Commercy comte de Roucy et de Braine, par son mariage avec Jeanne de Pierrepont, fille du précédent.

Au décès de Jean V de Pierrepont à Azincourt à cette date, les comtés de Roucy et de Braine et la terre de Pierrepont qui y était rattachée sortent définitivement de la maison de ce nom.